Ma pilule et mon entourage

Ma pilule et mon entourage

"Écoute, ya des choses que tu sais sans avoir besoin de savoir, okay ?"

On sait que tout le monde fait caca, mais on n'a pas besoin que sa collègue revienne des toilettes, se tourne vers toi et t'informe qu'elle s'est vidée le rectum.

On sait que la viande qu'on mange vient des animaux mignons de nos livres d'enfance, mais on ne veut pas aller visiter l'abattoir en week-end.

On sait que les personnes menstruées ont des règles, mais on ne veut pas savoir quand elles les ont. Et on ne veut pas voir leurs serviettes/tampons/cup.

On sait que pas mal de monde pratique l'art de faire l'amour. Amateurs, experts, connaisseurs, il y en a à tous les goûts. Mais on ne veut pas savoir que, oui, là, en ce moment, je pratique un peu/beaucoup/à la folie. Surtout quand il s'agit d'un membre de la famille.

D'après ce que je vois, il n'y a qu'une situation où la famille est ouverte à savoir que, oui, t'as été sexuellement active : quand t'annonce une grossesse (et encore !).

Pour cet article, je vais bien sûr me baser sur mes propres expériences et me focaliser sur deux situations : l'achat de capotes et la prise de la pilule.

Les capotes, au début, c'était pire que d'acheter des serviettes hygiéniques. Là, t'annonce à tout le monde que tu vas (ou que t'espères) te retrouver au lit (ou ailleurs) avec un homme (ou peut-être un sex toy, qui sait). Heureusement pour moi, je n'ai jamais eu d'expériences gênantes avec des caissiers. Ça m'a vachement aidé à comprendre qu'au final, les gens s'en fichent. Pareil pour les serviettes, même si j'avoue que je fais toujours plus attention au "vibes" de la personne qui encaisse.

Revenons à nos capotes. Ce que veulent les gens, c'est la discrétion. Soit parce qu'ils sont jeunes et qu'ils ne sont pas encore à l'aise, soit parce qu'ils sont plus vieux et qu'ils ont peur de se faire juger. Après tout, les capotes c'est que quand une relation n'est pas sérieuse, non ? Si t'es en relation avec quelqu'un de bien, tu n'as plus à te protéger des IST, donc tu n'as en théorie pas besoin de capotes. Pourquoi en acheter alors ? T'as pas trouvé l'amour à 45 ans ? T'as une amante et tu veux pas qu'elle tombe enceinte ? Ya pas à dire, ya un truc louche quand une personne plus âgée s'achète des capotes. (Je reviendrais sur mon nouvel amour pour les capotes dans un futur post.) La règle : quand ça devient sérieux, on se fait tester et ensuite on fait confiance à la pilule pour la contraception, un point c'est tout !


Passons du coup à cette pilule. Qui a besoin d'une alarme ou d'un rappel pour la prendre ? Au début, je la prenais avec mon p'tit-dej. Très pratique car il me suffisait de prendre l'habitude de la mettre à côté de mon bol pour y penser le lendemain matin. Aucun rappel technologique nécessaire, c'était devenu un automatisme. Puis j'ai commencé à pratiquer le jeûne intermittent et ne mangeais plus de p'tit-dej. Zut, le gynéco m'a dit qu'il valait mieux prendre la pilule avec un repas. Bon, je décale au midi, alors !

"Pourquoi pas le soir ?" Très bonne question. Déjà parce que, le soir, j'ai pas de routine. Je sors boire, je vais au cinéma, je sors manger, je vais voir de la famille... Et, surtout, mes migraines arrivent (ou arrivaient) souvent en fin d'après-midi, donc je me retrouve régulièrement à vomir entre 19h et 22h. Qui dit vomissement dit perte de l'efficacité de la pilule (je rappelle que les diarrhées font le même effet), donc voilà, le soir c'est pas une bonne idée pour moi.

Mais me voilà maintenant (enfin, le maintenant de l'époque, dans l'histoire, vu que je ne prends plus la pilule, hein) à devoir prendre la pilule à 14h tous les jours. Qu'il pleuve, qu'il vente, que je sois seule, avec des collègues ou en famille.

Voyons d'abord l'impact de prendre ça au bureau. Je peux vous dire que la prendre dans un petit open space avec trois hommes autour, c'était pas très agréable. J'essayais de faire ça d'une façon naturelle, mais l'humain a toujours été curieux, et je sais que chaque homme a, un jour ou l'autre, regardé ce que je fabriquais avec mon sac et ma trousse à pharmacie. Je faisais toujours ça à la même heure, car j'avais découvert que tout retard, même d'une heure, pouvait entraîner des saignements. Regards ou non, je devais prendre cette pilule.

Bien sûr, au fur et à mesure du temps, j'ai été plus à l'aise, même si je me retournais toujours pour prendre ma dose, comme si avaler un comprimé était une honte. "Non mais, tu comprends, c'est la pilule qui me permet de faire les foufous avec mon copain sans protection." C'est intime, quoi. Tu sais maintenant que je couche avec mon mec sans capote, alors que ce n'est pas de tes oignons et que tu n'avais pas besoin de savoir... Même si tout le monde s'en doute vu que je vis avec mon copain (#sérieux donc #plusdecapotes, exacte ?).

Mais voilà, s'en douter/deviner c'est pas pareil que savoir savoir, tu vois?

Ce qui nous amène à la famille. Ma famille. Car chacune a une famille qui est la sienne, et qui est différente de celle des autres. Mais on va voir si certaines d'entre nous vivons (ou avons vécu) les mêmes ressentis.

Personne ne m'a jamais jugé par rapport à ma prise de la pilule. Au contraire, ma mère m'a soutenue pour la prendre et pendant une période s'assurait que je prenais bien ma pilule à 14h. Vu que ce changement était relativement nouveau et qu'être en famille voulait souvent dire pas de téléphone (surtout quand ya des bébés et des jeunes enfants autour qui demandent toute ton attention), le rappel technologique pouvait passer à la trappe.

Mais voilà, ça ne m'a pas empêché de sentir que je devais, une fois de plus, rester discrète lorsque j'allais à mon sac sortir ma pochette avec mon médicament magique. Je me souviens même une fois avoir surprise ma soeur en train de prendre la sienne, et j'étais tout de suite gênée. Comme quand tu frappes sur la porte des toilettes et que quelqu'un te crie "occupé !" La honte...

Alors je vous dis pas quand mes grand-parents sont là. Faut surtout pas qu'ils me demandent où je vais ou qu'ils me voient prendre un verre d'eau seule dans la cuisine. Non, autant la maman elle peut savoir, mais les grand-parents ça retourne trop à l'aspect "je pratique l'art de l'amour sans capotes !"


La pilule restera donc cachée dans le sac, prise quand on sera tous en train de s'occuper à débarrasser la table. Il va falloir attendre encore un peu avant d'espérer en pouvoir discuter librement.


D'autres articles

Ma pilule et ma libido

Ma pilule et ma migraine

Ma pilule et mon entourage

Mes règles en vacancess

Quand commencer la symptothermie ?